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Le DAF d'une société sous LBO : ce que le fonds attend du poste

Service de la dette, covenants, trésorerie, reporting, sortie : ce que le fonds attend du DAF d'une société sous LBO, et ce que cela change pour recruter.

20 octobre 2026 · 5 min de lecture

Le jour où un fonds entre au capital, le directeur administratif et financier change de poste sans changer de bureau. Les comptes restent à produire, la trésorerie à tenir, le budget à construire. Mais une partie du résultat de l'entreprise a désormais une destination fixée à l'avance : le remboursement d'une dette contractée pour l'acheter. Tout ce que le fonds attend du DAF découle de ce fait.

Un poste qui sert d'abord la dette

La Banque de France décrit le mécanisme dans sa fiche consacrée aux montages à effet de levier. Une société holding s'endette pour acheter les titres de la cible, et le service de cette dette, intérêts et échéances, est assuré par les flux que la cible fait remonter : dividendes, management fees. La dette senior y est décrite comme un prêt d'une durée moyenne de quatre à sept ans ; le montage lui-même dure fréquemment sept à dix ans.

Pour le DAF, la conséquence est concrète. La trésorerie de la société d'exploitation ne sert plus seulement à financer son activité : elle doit aussi, à date fixe, nourrir la holding. La fiche le dit sans détour : l'importance du service de la dette risque de limiter pendant plusieurs années les possibilités d'investissement de l'entreprise. Arbitrer entre ces deux usages du cash devient le cœur du poste.

Les covenants, un second calendrier

La dette senior est souvent assortie de covenants, des clauses qui donnent au prêteur un droit de regard sur l'emprunteur : un ratio d'endettement à ne pas dépasser, une cession d'actif soumise à accord. Selon la même fiche, l'exigibilité anticipée est rarement mise en œuvre ; les covenants jouent surtout un rôle d'alerte, et leur bris peut conduire à un report d'échéance, à un allongement de la maturité ou à une renégociation.

Le DAF est celui qui calcule ces ratios, les anticipe et prévient le dirigeant et le fonds avant qu'un seuil ne soit franchi. La fiche range aussi parmi les facteurs aggravants les remontées de dividendes et de management fees au-delà des capacités de la filiale. Dire non à une remontée trop forte fait partie du poste, y compris face à l'actionnaire.

Ce que le fonds regarde

La Banque de France résume l'esprit du LBO dit classique : un fort levier financier qui fait supporter à la cible une « pression à la performance », puis une revente à d'autres investisseurs. Le fonds attend donc du DAF une information fiable et régulière sur la performance, la prévision de trésorerie et le respect des ratios.

Il attend aussi une équipe dirigeante stable. La fiche note qu'un grand nombre d'échecs de LBO en Europe tient à une défaillance de l'équipe dirigeante, et que les mécanismes destinés à la retenir, intéressement ou participation au capital, sont perçus par les prêteurs comme un élément qui sécurise le montage. Le recrutement du DAF entre dans ce calcul.

La sortie, plus loin qu'annoncé

Le LBO se dénoue par une revente, et la préparation de cette sortie commence tôt : l'audit d'acquisition, rappelle la Banque de France, examine déjà les possibilités de sortie à terme. Pour le DAF, préparer la sortie veut dire des comptes qui résistent à un audit d'acquéreur, un historique de reporting cohérent et une trésorerie expliquée.

L'horizon s'éloigne. D'après les données de France Invest et Grant Thornton rapportées par CFNEWS le 13 octobre 2026, la durée de détention atteint sept ans au premier semestre 2026, contre 6,7 ans en 2025 et 6,1 ans en 2022. Les cessions y représentent 4,8 milliards d'euros pour 598 participations, sous la moyenne semestrielle de 662 sorties.

Faute de sortie, on refinance. L'étude de France Invest et Deloitte sur la dette privée relève qu'en 2025, dans un environnement difficile pour les sorties, les refinancements ont concentré 42 % des montants financés par les fonds de dette, contre 23 % en 2024. Un DAF recruté aujourd'hui dans une société sous LBO peut ainsi avoir à conduire un refinancement avant de voir une cession.

Ce que cela change pour le recruter

Entourage Recrutement, cabinet de recrutement Finance et Tech qui recrute chez des clients finaux, consacre une page au recrutement d'un directeur financier, DAF ou CFO, et le LBO y apparaît là où on l'attend le moins : dans la grille de rémunération. Selon le cabinet, un DAF de PME avec des filiales étrangères, de la dette bancaire sous covenants et un fonds au capital tient un poste d'ETI, et le marché le paie comme tel.

Les fourchettes publiées sur la même page donnent l'écart : 80 000 à 110 000 euros brut annuel pour un DAF de PME sous 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec 10 à 15 % de variable ; 110 000 à 180 000 euros pour un DAF d'ETI, avec 15 à 25 % de variable et de l'intéressement. À l'intérieur d'une fourchette, la page attribue l'écart à la complexité du périmètre, dette structurée et actionnariat exigeant compris, davantage qu'à l'ancienneté.

Le cabinet place la présence d'un fonds au capital parmi les éléments du périmètre réel à cadrer avant toute recherche, au même titre que l'équipe encadrée ou ce que garde l'expert-comptable. Il fixe aussi une finalité à dix-huit mois, dont « une cession préparée » est l'un des exemples cités. Pour une société sous LBO, la réponse change le profil, et la fourchette avec lui.

Le profil qui manque

La page situe la tension du marché à un croisement précis : les candidats capables de tenir à la fois la technique comptable et le dialogue avec les investisseurs ou les banques. Ceux qui viennent de l'audit ou de l'expertise comptable ont la technique et découvrent la négociation ; ceux qui viennent du conseil ou de la banque ont l'inverse. Le DAF d'une société sous LBO a besoin des deux, et ce croisement se paie.

L'évaluation suit. Le cabinet recommande d'ajouter au processus un regard capable de contredire techniquement le candidat, commissaire aux comptes, DAF extérieur ou administrateur financier, sur un objet précis : la dernière clôture, le calcul du covenant, la prévision de trésorerie. Il pose aussi trois questions sur la capacité à refuser : ce que le candidat a refusé, ce que cela lui a coûté, et s'il le referait.

Le calendrier, compté à rebours

Le dernier point tient au calendrier. Selon la page, les recrutements de DAF qui aboutissent le mieux tiennent en trois entretiens sur quatre à six semaines, et le préavis du candidat retenu est de trois mois au moins. Une société qui doit présenter un refinancement ou une cession à date fixe compte à rebours depuis l'échéance ; quand le calcul montre un retard, la page propose un management de transition pour tenir la date, avec des premiers profils sous 48 heures.

Le DAF n'est pas le seul recrutement que déclenche un LBO. La documentation de financement et le pacte d'associés occupent aussi la direction juridique, et des cabinets du secteur juridique comme Ryse Partners, qui recrute des juristes d'entreprise et des directeurs juridiques, travaillent sur ce versant.


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