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Financement et dette

Eramet : l'État devient premier actionnaire pour 500 millions

Augmentation de capital de 500 millions, rachat des DPS de la famille Duval, droits de vote plafonnés à 49 % : l'État devient premier actionnaire.

21 octobre 2026 · 3 min de lecture

Le conseil d'administration d'Eramet a validé le 12 octobre 2026 le schéma de souscription de son augmentation de capital d'environ 500 millions d'euros, avec droits préférentiels de souscription (DPS). À son issue, l'État, au travers de l'Agence des participations de l'État (APE), deviendra le premier actionnaire du groupe minier, devant la famille Duval.

DAF Magazine rappelait le 15 octobre que l'État détenait fin 2025 un peu plus de 27 % du capital, contre 37,22 % pour la famille Duval. L'opération inverse cet ordre, sans faire franchir à l'État la barre de la moitié du capital.

Une recapitalisation contrainte par les covenants

Le communiqué publié par Eramet expose la situation sans détour. En 2025, le groupe a enregistré des pertes significatives et une hausse de sa dette nette ; son levier ajusté a atteint 5,5 fois et son gearing 125 %, au-delà des seuils prévus par ses contrats bancaires.

DAF Magazine chiffre la perte nette de 2025 à 477 millions d'euros. Le communiqué précise l'enjeu de calendrier : si l'opération n'était pas réalisée d'ici mi-2027, le respect des covenants à cette échéance serait affecté et le refinancement des dettes à court terme deviendrait nettement plus difficile.

Les fonds doivent renforcer les fonds propres, permettre le respect des covenants et poursuivre la stratégie. L'augmentation de capital forme le premier volet d'un plan qui en compte deux autres : l'amélioration de la performance, avec le programme ReSolution, et la monétisation d'actifs. Eramet s'engage aussi à ne reprendre le versement de dividendes qu'une fois son levier ajusté revenu sous une fois.

Un montage bâti sur les droits préférentiels

L'APE, par l'intermédiaire de FSI-Equation, souscrira à titre irréductible à hauteur de sa quote-part, soit 27,1 % du capital. Elle achètera ensuite, puis exercera, tout ou partie des DPS de Sorame-CEIR, la holding de la famille Duval, avec une décote de 5 % sur leur valeur théorique.

Le volume de DPS racheté est calibré pour que les droits de vote effectifs de l'État ne dépassent pas 49 %, calculés sur la moyenne des assemblées générales de 2024 à 2026. Si l'APE ne rachète pas l'ensemble des DPS, Sorame-CEIR exerce le solde, et des options croisées, un call pour l'APE et un put pour la famille, portent sur les actions ainsi souscrites.

Ces options sont plafonnées pour que l'État ne dépasse pas 50 % du capital, avec un prix d'exercice proche du TERP, le cours théorique après détachement du droit. Sorame-CEIR, actionnaire depuis 1999, s'engage de son côté à ne pas détenir plus de 30 % des droits de vote effectifs et à mettre ses actions au porteur.

L'État demandera à l'Autorité des marchés financiers une dérogation à l'obligation de déposer une offre publique. Son obtention, purgée de tout recours, conditionne les engagements de souscription. Les actionnaires du flottant pourront souscrire avec leurs DPS ou les céder sur le marché.

Calendrier et gouvernance

L'opération doit être lancée après la publication du chiffre d'affaires du troisième trimestre, prévue le 29 octobre 2026, et avant la fin de l'année, sous réserve des conditions de marché. Un syndicat bancaire accompagne sa préparation. Un nouveau pacte d'actionnaires sera conclu entre l'APE et Sorame-CEIR.

Le conseil a retenu cette solution à l'unanimité, les administrateurs représentant les actionnaires de référence s'étant abstenus. La présidente-directrice générale, Christel Bories, qualifie l'opération d'« indispensable pour assurer la pérennité financière du Groupe ».

L'équipe de direction a elle-même changé cette année. Selon DAF Magazine, Simon Henochsberg est devenu directeur financier en mai 2026, et le conseil a démis le directeur général Paulo Castellari neuf mois après sa nomination, Christel Bories reprenant à titre provisoire la présidence et la direction générale.

Ce que l'opération montre aux directions financières

Le cas Eramet illustre la mécanique d'une recapitalisation menée sous la pression des covenants : un levier au-dessus des seuils bancaires, une échéance de test connue, et une augmentation de capital présentée comme la condition du refinancement de la dette à court terme.

Il montre aussi comment les DPS peuvent servir d'outil de reclassement entre actionnaires de référence. Le transfert de droits de souscription d'un actionnaire à l'autre, assorti d'options croisées et de plafonds en capital comme en droits de vote, permet de déplacer le contrôle sans offre publique, sous réserve de la dérogation de l'AMF.

Prochaine étape à suivre : la publication du chiffre d'affaires du 29 octobre 2026, qui ouvre la fenêtre de lancement de l'opération.


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