Fraikin : les créanciers actionnaires cèdent la main à Asterion
Huit ans après avoir converti leur dette en capital, les actionnaires de Fraikin entrent en exclusivité avec un fonds d'infrastructure espagnol.
Le loueur de véhicules industriels et utilitaires Fraikin change d'actionnaire. Ses actionnaires majoritaires, des entités liées à Benefit Street Partners, Värde Partners et Canyon Partners, sont entrés en négociations exclusives avec Asterion Industrial Partners, un fonds d'infrastructure espagnol, a annoncé le groupe le 13 octobre (Journal des Flottes).
La réalisation est attendue au premier trimestre 2027. Elle reste soumise aux autorisations réglementaires et, d'abord, à l'information et à la consultation des représentants du personnel. Le prix n'est pas communiqué.
Une sortie de créanciers
L'opération referme un chapitre ouvert en 2018. Cette année-là, une restructuration de la dette a placé Fraikin sous le contrôle de ses principaux prêteurs (Voxlog). En avril 2018, le contrôle est passé à un consortium mené par Alcentra et Värde Partners, qui a engagé un plan de transformation (L'argus).
Un an plus tôt, en 2017, l'Autorité de la concurrence avait bloqué le rachat de Fraikin par son concurrent Petit Forestier, rappelle L'argus. Le schéma qui a suivi est celui des créanciers qui convertissent une part importante de leur dette en capital pour prendre la main, selon Boursier.com, qui citait en mai Alcentra, Triton Partners, Värde Partners et JP Morgan Asset Management parmi les actionnaires.
Les noms cités ont varié d'une source et d'une date à l'autre. Les vendeurs désignés en octobre sont Benefit Street Partners, Värde Partners et Canyon Partners, que le communiqué remercie avec « nos autres actionnaires ».
Ce que l'acquéreur achète
Fraikin réalise environ un milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel. Sa flotte compte plus de 50 000 véhicules dans dix pays européens, pour une valeur brute comptable d'environ trois milliards d'euros, selon le communiqué repris par Pulse 2.0. Le groupe dispose de 160 agences et sert environ 11 000 clients en Europe, d'après L'argus.
Ses clients relèvent de la santé, de la distribution alimentaire, des services aux collectivités, de la gestion des déchets, de la logistique et des services publics. L'offre va de la location longue durée avec services à la gestion de flotte et à la location courte.
En mai, Bloomberg, cité par Boursier.com, évoquait une valorisation pouvant atteindre trois milliards d'euros, avec Bank of America et Lazard à la manœuvre. L'annonce d'octobre ne donne aucun prix.
Un fonds d'infrastructure, pas un fonds de LBO
Le profil de l'acquéreur est le fait le plus notable de l'opération. Asterion, basé à Madrid avec une filiale à Londres, investit dans les infrastructures européennes de taille moyenne : énergie, infrastructures numériques, services aux collectivités, mobilité. Il gère environ 10 milliards de dollars et a clos en septembre 2025 son troisième fonds d'infrastructure à 3,4 milliards d'euros d'engagements, selon Pulse 2.0.
Le vocabulaire de l'annonce suit ce profil. Yves Pétin, président-directeur général de Fraikin, veut faire du groupe « la première plateforme européenne d'infrastructures » de gestion de flottes de véhicules commerciaux. Bice Di Gregorio, associée d'Asterion, présente Fraikin comme une infrastructure essentielle de la mobilité commerciale en Europe.
Pour un loueur dont l'actif principal est une flotte d'environ trois milliards d'euros de valeur brute, ce classement change la famille d'acheteurs. Après huit ans aux mains de prêteurs, Fraikin ne passe ni à un concurrent ni à un fonds de capital-investissement spécialisé dans les LBO, mais à un investisseur qui l'assimile à une infrastructure de mobilité.
Les priorités annoncées
Asterion affiche trois axes : poursuivre l'investissement dans la flotte et la plateforme opérationnelle européenne, accompagner les clients vers des véhicules moins émetteurs, et numériser l'offre de gestion de flotte. Sergio Val, associé opérationnel, fait de Fraikin un investissement clé de la franchise française du fonds.
Côté conseils, BofA Securities et Lazard ont accompagné les actionnaires majoritaires et la direction, et Latham & Watkins, à Paris, conseille les vendeurs (Latham & Watkins).
Ce qu'il faut suivre
Pour les dirigeants de sociétés détenues par leurs prêteurs après une restructuration, le dossier montre une sortie qui ne passe ni par la Bourse ni par un fonds de LBO, mais par un investisseur d'infrastructure. Pour les clients gestionnaires de flottes, l'engagement affiché est la continuité des investissements dans le parc.
Deux étapes restent à franchir avant le premier trimestre 2027 : la consultation des instances représentatives du personnel, puis les feux verts réglementaires. Le prix final, s'il est publié, dira l'écart entre la valorisation évoquée en mai et la valeur comptable de la flotte.