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Delair : Tikehau prépare la prise de contrôle du droniste

Le fonds Ace Aéro Partenaires 2 de Tikehau vise la majorité du capital de Delair. L'opération a été révélée par l'autorité de la concurrence marocaine.

27 octobre 2026 · 3 min de lecture

Tikehau Capital s'apprête à prendre le contrôle exclusif de Delair, fabricant de drones installé à Labège, près de Toulouse. L'information n'est pas venue d'un communiqué des parties, mais d'un avis du Conseil de la concurrence du Maroc, daté du 16 octobre 2026.

Le média marocain Barlamane l'a repéré le 19 octobre, avant une reprise par la presse économique française.

Ce que dit la notification

L'acquéreur direct est Tikehau Investment Management, société de gestion détenue intégralement par Tikehau Capital. L'acquéreur indirect est AAP2, une société de libre partenariat de droit français, c'est-à-dire le fonds Ace Aéro Partenaires 2.

Le résumé non confidentiel fourni par les parties décrit l'acquisition, par une holding constituée à cet effet, de la majorité du capital social de Delair et des droits de vote attachés. Il s'agit donc d'un schéma d'acquisition classique, avec une société de reprise interposée.

Le document ne mentionne ni prix, ni vendeurs, ni structure de financement, ni calendrier de réalisation. Les tiers intéressés peuvent présenter leurs observations jusqu'au 29 octobre 2026. L'opération reste un projet tant que les autorisations requises ne sont pas obtenues.

Pourquoi le Maroc

La compétence de l'autorité marocaine s'explique par la présence de Delair dans le pays. Selon Barlamane, la gendarmerie royale a acquis en 2021 une quinzaine de drones DT26 pour la surveillance des frontières. Delair a annoncé en avril l'ouverture à Rabat d'une filiale, Delair Africa, avec une dizaine de salariés au démarrage.

Parlons Business indique n'avoir trouvé aucune notification publiée en France ou à Bruxelles à ce stade.

Une cible en forte croissance

D'après les comptes déposés cités par Parlons Business, le chiffre d'affaires de Delair est passé de 4,3 millions d'euros en 2022 à 28,1 millions en 2024, puis 47 millions en 2025, pour un résultat net de 6,6 millions d'euros. Barlamane retient pour sa part un chiffre d'affaires d'environ 50 millions d'euros en 2025.

Le même décompte fait apparaître une trésorerie ramenée de 5,7 millions d'euros fin 2023 à 2 millions fin 2025, et une dette financière portée à 12 millions d'euros. L'entreprise revendique environ 250 salariés.

Fondée en 2011 par Bastien Mancini, toujours président, Delair a procédé à deux acquisitions selon Barlamane : Notilo Plus, à Marseille, devenue Delair Marine, puis Squadrone System, à Grenoble, en octobre 2024. La société viserait 100 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année et 500 millions en 2030.

Un actif de défense en phase d'industrialisation

Delair développe avec KNDS France la munition rôdeuse Damoclès et, avec Cerbair, le drone intercepteur Aspik. Un partenariat annoncé en juin avec l'équipementier Schaeffler prévoit une ligne de production en France visant 100 unités par jour d'ici novembre 2026.

Ce passage à la production de série suppose des investissements industriels et du besoin en fonds de roulement. La baisse de la trésorerie observée dans les comptes éclaire l'intérêt d'un actionnaire capable d'accompagner cette montée en cadence.

Le véhicule mobilisé

Ace Aéro Partenaires 2 a été lancé en décembre 2023 pour soutenir les PME et ETI de la filière aéronautique. Selon les sources consultées, il vise environ 800 millions d'euros d'encours, avec un premier closing d'environ 400 millions auprès notamment de Bpifrance, Airbus, Safran, Dassault Aviation, Thales, Tikehau Capital et Crédit Agricole.

Il succède à Ace Aéro Partenaires, créé en 2020 et doté de 630 millions d'euros, selon Barlamane. Le même média rappelle que la Commission européenne a autorisé le contrôle conjoint de Revima par AAP2 et le groupe émirien Sanad Services.

Ce que l'opération indique

Pour les investisseurs, le dossier montre qu'un fonds sectoriel adossé à des industriels prend ici une position majoritaire dans les drones de défense. La présence de grands donneurs d'ordre parmi les souscripteurs du fonds fait partie des éléments à suivre.

Pour les dirigeants de sociétés de défense en croissance, le schéma illustre une voie de financement de l'industrialisation par la cession du contrôle à un fonds de private equity. La part conservée par le fondateur et par les salariés, comme les conditions de leur éventuel réinvestissement, n'a pas été rendue publique.

Pour les directions financières, l'opération rappelle qu'une filiale à l'étranger peut déclencher un contrôle des concentrations local, et rendre publique une transaction avant toute annonce officielle des parties.


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